En ce qui concerne les biens de consommation courante, acheter chinois ne fait plus vraiment peur aujourd’hui. En matière de véhicules, de deux-roues en particulier, nous n’y sommes pas encore. Il faut dire que ces dernières années, pléthore de marques exotiques nées du jour au lendemain ont proposé des scooters à des prix "imbattables", bien souvent distribués sur la toile, sans réel réseau. En matière de fiabilité, pire encore de sécurité, nombre d’utilisateurs - généralement des primo accédants - ont été déçus par ces citadins mal construits. Depuis, les scooters chinois souffrent d’une bien mauvaise réputation.
Mais l’on aurait tord de mettre toutes les productions "made in China" dans le même sac. Certains constructeurs de l’Empire du Milieu ont en effet aujourd’hui atteint un niveau de qualité tel qu’ils produisent pour de grands noms du deux-roues (Peugeot par exemple), mais également pour d’autres constructeurs... qui ne souhaitent pas toujours que cela se sache. Question d’image. Keeway fait partie des constructeurs chinois du "haut du panier". La marque, propriétaire de Benelli (une institution plus que centenaire dans le monde de la moto), propose une large gamme de scooters de 50 et 125 cm3. Fer de lance de sa flotte, le Silverblade 125 EFI 2011 que nous testons aujourd’hui, attestent du soin avec lequel Keeway traite son sujet. Voyez plutôt...

Plastique séduisante, accueil mitigé
Un GT compact à prix très serré éveille forcément le doute. Et vous pouvez nous faire confiance : c’est avec grande attention que nous avons pris possession du Keeway Silverblade 125 EFI, détaillant point par point le scooter, à commencer par sa plastique pour la moins originale. Son style est une affaire de goût, mais nous imaginons que sa volumineuse proue taillée à la serpe séduira les plus sportifs d’entre nous. Les optiques sont soigneusement dessinées, les ouvertures latérales et les clignotants avant incrustés dans les flancs renforcent son sex-appeal. Derrière, nous apprécions le carénage assez singulier et les barres de clignotants à leds qui apportent une touche de sophistication à l’ensemble. Sympa, d’autant plus que chaque plastique est ajusté au millimètre.
La selle apparaît accueillante, mais se révèle finalement assez exclusive : du haut de ses 1,83m, votre serviteur peine à poser ses pieds à plat. Définitivement, nous la trouvons haute perchée et assez large, même à sa base. On se dit alors qu’en s’installant plus en avant le problème pourrait être réglé, mais c’était sans compter sur le retour du tablier venant alors à la rencontre des genoux. Le guidon s’empoigne naturellement et le maniement des commandes ne relève aucune difficulté particulière. Sur le commodo droit, seul le bouton actionnant les feux de détresse nous apparait mal positionné. Il aurait finalement été plus approprié de l’installer en lieu et place du coupe-contact.

Son moteur et sa partie cycle sont des atouts en ville
Face au pilote se profile une planche de bord assez agréable. Compteur de vitesse et compte-tours à fond blanc s’avèrent lisibles, mais le bloc digital distillant le reste des informations l’est en revanche beaucoup moins. Contact : les deux aiguilles des compteurs s’actionnent et le voyant "FI" nous renseigne quant à la mise sous tension du système d’injection. Démarrage : la mécanique s’ébroue dans une sonorité feutrée. La réponse à l’accélérateur est immédiate. Le Keeway Silverblade disposant d’une bonne transmission, il décolle sans délai, permettant à son pilote de ne pas s’attarder au feu. Sans mal, mais avec quelques vibrations transmises au niveau de la selle, le monocylindre accroche les 7 500 tr/min, son régime de croisière.
Outre ce moteur bien taillé pour la ville, un autre point fort se révèle entre les feux, au freinage cette fois. Le Keeway Slverblade est remarquablement stable et rassurant au moment de stopper ses ardeurs. Il ne plonge pas, reste parfaitement en ligne. Son châssis fait preuve de rigidité et ses suspensions de fermeté, en particulier au niveau de sa fourche. Son système de freins à disques pincés par des étriers deux pistons s’avère mordant, mais l’on déplore toutefois une attaque un peu timide. Nous somme davantage convaincu par sa maniabilité, car il est certes un peu lourd et volumineux, mais il jouit d’une bonne compacité. Les manoeuvres à basse vitesse et à l’arrêt son facilitées par une angle de braquage dans la moyenne, moins par la hauteur de l’engin.

Raisonnablement puissant
Rattrapant le périphérique parisien, lancé sur cette première voie rapide limitée à 80 km/h, le creux à mi-régime de la motorisation injectée - coiffée d’une culasse à 2 soupapes - se fait ressentir. Les reprises à cette allure ne sont donc pas des plus convaincantes, le bloc se mettant alors à vrombir légèrement, avant de reprendre gentiment ses tours et continuer son ascension. Nous voilà maintenant sur nationales. Nous poussons la mécanique dans ses derniers retranchements afin de constater que passés les 95 km/h compteur, celle-ci regagne en vigueur. L’allonge s’avère plutôt bonne - du moins pour un bloc développant la puissance de 12 ch - et le GT Keeway nous transporte maintenant à la vitesse maximale de 117 km/h compteur, soit 106 km/h réels. Ceci en toute sérénité puisque le Silverblade colle vraiment à la route. Sa géométrie favorise la mise sur l’angle, mais il donne ici l’impression d’y aller trop franchement, ce qui pourrait décontenancer certains débutants. En revanche, calé sur sa trajectoire en courbe, son maintien de cap rassure considérablement.
Bulle et tablier protègent bien la tête et le haut du corps, mais les mains sont moins bien préservées. Le confort reste acceptable la plupart du temps, même si la sécheresse des suspensions, conjuguée à une selle assez ferme, ternissent le tableau sur long trajet ou chaussée accidentée. Bien que le Silverblade soit équipé de marchepieds courants jusque sur les parties basses des flancs du tablier, on peut difficilement tendre les jambes et cruiser. Quant aux pneumatiques de marque Kenda, nous les avons trouvé convenables sur sol sec - où le retour d’information est limpide - mais plus incertains sur le mouillé.

A la hauteur des scooters taïwanais, en moins cher !
La capacité d’emport du Keeaway Silverblade 125 n’est pas exceptionnelle pour un GT compact. Sous sa selle en effet, on trouve certes de la place pour ranger son intégral et un casque jet, toutefois la boîte à gants du tablier (verrouillable), n’offre qu’un espace restreint, de surcroît divisé en deux mini-compartiments. La quantité d’information distillées par la planche de bord digitale est plus séduisante, comme le porte-paquets de série ou le bouchon d’essence monté sur charnière, accessible car bien placé au niveau de la poutre centrale.
Bien entendu, le Keeway Silverblade 125 EFI n’est pas aussi affûté qu’un Yamaha X-Max 125, mais - vous l’aurez saisi - nous avons apprécié ce GT de poche pour ses qualités dynamiques autant que son style ou son honnête fabrication, comparables à celle des production taïwanaise. Vendu 2 390 €, ses acquéreurs en auront indéniablement pour leur argent et disposeront d’un scooter économique dans la mesure où (sans ménager notre monture) nous avons mesuré sa consommation à 3,4 l/100 km. Nous n’avons pas le recul pour évoquer la fiabilité de sa mécanique, néanmoins notez que le réseau Keeway, autant que son SAV, semblent bien rodés.
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