Deux roues de prédilection pour les débutants et les citadins, le scooter 125 est devenu au fil du temps à la fois plus accessible et plus simple d’utilisation. Il pèche pourtant toujours sur deux points : une motorisation en retrait du fait d’une limitation législative de sa puissance à quinze chevaux (pour les détenteurs du permis B), et une sécurité très dépendante de l’expérience de son conducteur. Seules deux marques osent proposer une alternative : Piaggio, avec une troisième roue (MP3 125 - 3 836 unité vendues), et Peugeot, avec un moteur équipé d’un compresseur (Satelis Kompressor et BlacKsat - 1 900 unités du K sur 5 729 unités de Satelis au total). Le prix à payer ? D’une part, un minimum de 5 000 € pour une version de base de l’un ou de l’autre... D’autre part, il faut composer avec les effets de bord induits par un train avant volumineux et un poids élevé (MP3), ou par un moteur encombrant (Satelis K15).
Sur le MP3, la troisième roue a permis d’apporter plus de stabilité, assortie d’un train avant très rassurant quelles que soient les conditions climatiques. On bénéficie également d’un freinage plus aisé à utiliser et plus tolérant, mais pas équipé de l’ABS, encore trop volumineux et cher à mettre en oeuvre sur un trois roues. Mais le MP3 propose également en option un astucieux système de verrouillage de l’inclinaison du scooter à basse vitesse et à l’arrêt. Vendue sous le nom de Roll Lock, cette option devient même rapidement indispensable, permettant également de ne plus avoir besoin de poser le pied au sol. Une source de confort additionnelle, qui finit presque par manquer une fois de retour sur un deux-roues classique. Dommage que cette option soit facturée 500 € supplémentaires...

Trois roues contre compresseur et freinage couplé
De l’autre côté, Peugeot prouve qu’une motorisation inédite et performante de 125 cm3 existe. Avec son moteur compressé de quinze chevaux, déjà entrevu sur le Jet Force, le Satelis Kompressor K15 fait sensation au démarrage. Il compense sans effort les lacunes de ses congénères, y compris le Satelis "standard". Le petit berlingot de 125 cm3 n’hésite d’ailleurs pas à jouer avec plus gros que lui, tenant tête aux 250 et parfois même 400 cm3, du moins sur les premiers mètres. Les reprises se montrent également plus confortables, et force est d’avouer que l’agrément de conduite s’avère nettement supérieur, en ville comme sur route. Si la version "luxueuse" du Satelis, équipée de toutes les options et du freinage assisté ABS/PBS atteint le prix de 5 829 € (en finition BlacKsat), on peut pourtant profiter de tous les atouts de ce moteur dès le premier prix : 5 099 €.
Le freinage couplé et assisté constitue un atout supplémentaire dans la manche du Français. Il permet de raccourcir efficacement les distances d’arrêt, en prenant électroniquement le relais du conducteur en matière de dosage du freinage. Très particulier en terme de ressenti dans les leviers, le système se montre déroutant pour les habitués du freinage standard. Son extrême puissance, bien qu’adoucie sur les derniers modèles, a de quoi surprendre, de même que son manque de progressivité. Encore un effet de bord induit par une innovation. Si vous avez l’expérience d’un freinage classique, vous préfèrerez sans doute la version de base. Sinon, ce sera plus une question d’habitude, mais vous devrez toujours éviter de vous faire déséquilibrer en freinant du levier gauche guidon tourné et à basse vitesse.

Deux scooters faciles...
Bonne nouvelle pour les petits gabarits, les Piaggio MP3 et le Peugeot Satelis 125 se montrent très accessibles. L’un, grâce à sa troisième roue, compense sa selle large et dispense de poser trop souvent le pied au sol, l’autre offre une assise à seulement 784 mm de hauteur. D’autant plus que la selle souple, la découpe du plancher et un poids très agréablement réparti, quoi que présent, rendent la vie des petites jambes plus facile. Le Satelis a d’ailleurs été conçu pour accueillir au mieux les gabarits moyens, et leur permettre d’être très à l’aise. La place pour les jambes en témoigne, ainsi que la possibilité de les allonger, ce qui est en revanche impossible sur le MP3. A l’instar du X-Max et du X-City, ce dernier ne propose en effet qu’une seule position pour les jambes : à l’équerre. On oublie vite en ville, mais sur les trajets plus longs, on aurait apprécié un peu de détente.
Si, à l’origine, le MP3 se destinait à un public averti et expérimenté, auquel il aurait proposé une approche plus directe voire automobile de la route, il a très vite convaincu les débutants et les réfractaires aux deux roues, qui voient en lui un "scooter qui ne peut pas tomber". Qu’ils se détrompent cependant. Le MP3 s’avère presque aussi vulnérable qu’un scooter traditionnel, et le fait qu’il puisse pencher l’expose à la chute. Il se voit donc tout autant soumis aux règles de base du deux roues : sur route mouillée, ça glisse, sur route gelée, ça glisse, quand il y a du gasoil, ça glisse, etc. Il offre juste un peu plus de temps pour réagir, éliminant une grande part des risques liés à la perte soudaine d’adhérence d’une seule roue à l’avant. Son concept de troisième roue joue par ailleurs un effet psychologique indéniable, qui rassure autant qu’il séduit. Ainsi le MP3 a-t-il permis à nombre d’entre nous de prendre la route au guidon sans expérience préalable. Certes, il se révèle moins facile à manier qu’un deux-roues, mais les marges de sécurité et le comportement apportés par les deux roues avant ont tôt fait de convaincre, et l’on s’habitue vite au maniement particulier de l’ensemble.
Le Satelis Kompressor, pour sa part, reste un scooter luxueux et bien équipé. Avec sa partie cycle issue du Satelis standard, mais revue et corrigée, il bénéficie d’un comportement extrêmement sain et surtout de performances à la hausse. Il s’adresse aux amateurs de bonnes sensations moteur et de bel objet, et convainc rapidement à l’utilisation. Confortable, maniable et rigoureux, il représente d’ailleurs à notre sens le meilleur représentant de la gamme Satelis. A mettre entre toutes les mains.

... mais encombrants
Si tout sépare mécaniquement le MP3 et le Satelis, il reste un point qui les rassemble : les manoeuvres à basse vitesse. Explications. Bien que volumineuse, la proue du MP3 permet facilement d’effectuer un remonte file. Elle ne dépasse en effet pas de l’aplomb du guidon et seul le rayon de braquage induit par les deux roues et la largeur de voie avant limite la progression entre les voitures. Attention toutefois aux reliefs qui déstabilisent (trottoirs, caniveaux et autres joyeusetés), on a tôt fait d’y mettre une roue. De même, les écopes saillantes de la coque arrière du Satelis K15 empêchent souvent de tourner court dans un flot urbain ou sur un parking. Il n’est pas rare de les accrocher contre un poteau au moment de garer le scooter ou encore dans un pare-choc de voiture en tentant de s’insérer, et prennent en premier en cas de chute.
Bien que plus lourd dans l’absolu, avec 200 kilos à sec sur la balance contre 172 pour le Satelis, le MP3 tire partie d’une inertie salvatrice. Il se balance doucement d’un angle sur l’autre à basse vitesse, éliminant les réactions parasites. L’opération de guidage réclame davantage d’énergie à son conducteur que la conduite d’un deux roues, il fait plus appel aux bras et au poids du corps à basse vitesse ainsi qu’au contre braquage par la suite. Le MP3 redevient plus facile dès les 40 km/h dépassés. Attention donc au (re)démarrage. D’autre part, le Roll Lock, s’il est bien maîtrisé (le système s’enclenche au pouce au commodo droit) permet de retenir le MP3 en cas de déséquilibre à l’arrêt. Il rassure également les petites jambes et pour le stationnement. "Locké", le MP3 se pousse d’une main et peut être parqué sur un dénivelé, merci le frein à main. Il reste en revanche plus difficile à béquiller sur la centrale (en cas de défaillance électrique ou en l’absence de l’option Roll Lock). La béquille latérale manque à l’appel sur le Piaggio, mais est montée sur le Satelis, même si elle est dotée d’un rappel automatique peu pratique. Au moins, la centrale permet un béquillage facile.

Les défauts de leurs avantages
Au chapitre des désagréments côté pratique, le Peugeot dispose d’un coffre réduit par rapport à celui du Satelis standard. Il ne peut maintenant contenir qu’un casque intégral contre deux en temps normal ; son ouverture électrique et commandée de série à la clef de contact rectifie partiellement le tir. Le MP3 ne propose de série que l’ouverture du coffre sous la selle à partir de la clef, tout comme le hayon arrière, qui s’ouvre au contacteur. Il contient un casque intégral, et communique avec le hayon arrière. De quoi transporter des objets plus volumineux voire les courses pour deux semaines. Le Satelis compense cette faible capacité par trois vide poche : deux dans le tablier, le troisième dans le guidon. Un plus appréciable absent sur le MP3.
Voici pour les principaux défauts de nos deux révolutions. Elles payent l’innovation et le parti pris des ingénieurs de privilégier et de surdimensionner dans un cas la partie cycle, dans l’autre le moteur, en perdant l’un des atouts des scooters GT : la capacité d’emport pour le Français et la nervosité et la sobriété pour l’Italien.
Démonstration est faite qu’en ce qui concerne le scooter, il demeure difficile d’apporter une amélioration sans perdre l’une ou l’autre de ses caractéristiques et de rogner sur l’agrément au quotidien. On en vient d’ailleurs rapidement à souhaiter que le Piaggio puisse être doté d’un moteur tel que celui du Peugeot. Celui-ci lui apporterait des performances dans la norme des scooters 125, alors qu’il joue actuellement en retrait tant au niveau des accélérations et reprises qu’au niveau de la vitesse de pointe. Avec un peu plus de 100 km/h compteur et près de 10 secondes entre 0 et 100 km, nous voici à faire le grand écart niveau performance entre le sprinteur compressé et le trois roues plus gourmand en ressources mécaniques et en carburant. Piaggio semble avoir pris conscience du problème : le géant italien proposera prochainement une version hybride de son trois roues. L’électricité volera bientôt au secours des démarrages poussifs, du duo "anémique" et des montées laborieuses. En contrepartie, il faudra sûrement faire une croix sur l’un des deux coffres...

Deux ou trois roues ?
Avec près de 130 km/h compteur, un son feutré et sifflant caractéristique d’un moteur compressé, le K15 se montre volontiers plus routier que le MP3. Son confort supérieur va d’ailleurs également en ce sens, de même que la protection. Si le MP3 dispose d’un avant large, il expose considérablement à tous vents le haut des cuisses d’un conducteur d’un mètre quatre-vingt. De même, sa bulle d’origine ne conviendra pas aux plus frileux d’entre nous. Car sa faible vitesse de pointe ne mettra pas à mal vos cervicales, mais il faudra tout de même rouler écran de casque fermé... Au moins, le Peugeot tire profit d’une bulle profilée et efficace, qui abrite son conducteur. Par ailleurs, si vous envisagez de rouler en duo, optez sans hésiter pour le Satelis. Sa partie cycle, sa motorisation ou encore l’ergonomie des places conducteur ou passager se montrent bien plus adaptées à cette utilisation. Le MP3 impose au passager une position bras tendus en contrebas pour accrocher les poignées et pieds "en canard". Ces derniers sont également placés trop près des mollets du conducteur. Le pilote les accroche souvent au démarrage. Dommage, car le MP3 propose par ailleurs un petit dosseret au passager, un petit plus qui manquerait surtout sur le Satelis Kompressor, tant ce dernier a la santé au démarrage.
Si vous avez quelqu’appréhension vis-à-vis du deux roues, le MP3 vous permettra de prendre confiance en vous autant qu’en la pratique du scooter. Il n’offrira pas plus de confort ni de protection qu’un autre, mais compensera par un sentiment de maîtrise supérieure et un mode de conduite entre scooter et automobile. Certes il sera pénalisé par des performances brutes en retrait, mais une fois son mode de fonctionnement appréhendé, le MP3 se montre plus rassurant qu’un deux-roues, spécialement sur route mouillée ou en conditions difficiles, surtout pour qui manque d’expérience. Car plus léger et plus vif, un Satelis Kompressor, à l’opposé complet du MP3 et au sommet de l’évolution des scooters à deux roues, se montrera prompt à l’attaque, facile à prendre en main et intuitif. Il ne sera d’ailleurs pénalisé que par un avant baladeur et un châssis donnant l’impression de se tordre sur les bandes blanches en relief. Le reste du temps, vous aurez entre les mains un compagnon quasi idéal, plutôt sexy et franchement agréable.
Bilan
Peugeot Satelis 125 Kompressor K15
5 729 unités vendues en 2007
Tarif : de 4 599 à 5 099 et 5 199 € (au 11/02/08)
Lire l’essai complet du Peugeot Satelis 125 Kompressor K15
Même s’il n’a que deux roues, le scooter Peugeot surclasse le MP3 sur les points importants
Le Peugeot Satelis Kompressor est sans aucun doute l’un des plus beaux et performants scooters du moment. Comportement très sain et surtout performances sans égales chez les 125 l’adressent autant aux utilisateurs urbains exigeants qu’aux amateurs de belle mécanique. Il n’en est pas moins confortable en solo et duo, proposant au final un agrément de conduite remarquable. Hormis son train avant classique et donc moins sécurisant que celui du MP3, il enterre son concurrent du jour dans tous les domaines, ou presque. Même si vous vous étiez un premier temps focalisé sur la sécurité supérieure en virage du MP3, le bilan du Satelis Kompressor vaut la peine d’être étudié très sérieusement, d’autant que contrairement au scooter italien, le Français propose un freinage assisté, couplé avant /arrière et ABS, lui aussi sans concurrence sur le marché.
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Piaggio MP3
3 836 unité vendues en 2007Tarif : 4 999 et 5 499 € (au 11/02/08)
Lire l’essai complet du Piaggio MP3 125
Avec sa 3ème roue, le MP3 trouve son son meilleur argument dynamique... et psychologique
Sa troisième roue est sans nul doute possible le gros point fort du MP3. Si elle apporte globalement plus de stabilité, elle offre avant tout un peu plus de temps pour réagir en cas de perte soudaine d’adhérence... sans éliminer le risque pour autant. Son "Roll Lock" permet aussi de retenir le MP3 en cas de déséquilibre à l’arrêt, rassurant les petits gabarits. Voici donc deux arguments importants au quotidien, mais pour les débutants surtout. Car ils cachent aussi des lacunes qui agaceront sans aucun doute les scooteristes plus aguerris, à commencer par une protection limitée, l’absence d’un ABS, un comportement pataud et un poids pénalisant pour les performances. Séduisant sur le papier, le MP3 ne se fait donc pas que des amis en circulation urbaine ni sur les voies rapides. De ce fait, confronté à la crème des deux roues, il ne prend aucun avantage sur le bilan global.
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