Au premier regard et au vu des proportions contenues du Suzuki 125 Address, on ne peut s’empêcher de se poser quelques questions... "1,80 m, ça va tenir là-dessus ?", "Est-ce vraiment solide ?" ou encore "Mais qu’est-ce qui m’a pris ?". Assurément, la compacité extrême et la hauteur minime du Suzuki le prédestinent aux petits gabarits. Les plus grands n’auront pourtant rien à reprocher à l’ergonomie générale, sauf peut-être un léger manque de protection. En effet, les déflecteurs latéraux protègent plus des intempéries que du froid ou du vent. De même, en cas de vitesse élevée, une légère pression s’installe sur les épaules et le torse du conducteur.
Ceci dit, l’Address est un engin terriblement plaisant. Son charme désuet agit même en douce et en douceur. La selle se montre confortable, bien que sa forme oblige à conduire "sur l’avant" et pénalise les plus grands sur route. En usage urbain en revanche, la position de conduite s’avère totalement décontractée. Grâce au carénage enveloppant et à l’instrumentation de bord flatteuse, on oublie vite que l’on ne roule pas sur un scooter traditionnel. Par ailleurs, l’impression de qualité et la finition léchée rassurent pleinement : on est bien sur un Suzuki.

Un concept hybride
A mi-chemin entre le scooter et une petite moto, l’Address surprend tout d’abord par la présence d’une pédale de vitesse double branche (talon et pointe). On remarque ensuite l’absence de levier d’embrayage. Ce dernier est tout simplement remplacé par un système automatique commandé directement au pied.
"Attention, toutes les vitesses sont en bas et la boîte est cyclique. A l’arrêt, après la 4ème, on retourne sur le point mort si on continue à descendre, et ainsi de suite". Merci Jean-Charles (mécano chez Suzuki France), c’est bon à savoir, surtout pour qui est habitué à une boîte de vitesse classique (première en bas et les autres rapports en haut).
L’embrayage assisté prenant le relais pour débrayer automatiquement, le comportement à l’arrêt ou lors des freinages reste très proche de celui d’un scooter : on peut oublier la boîte et le rapport engagé dès lors que l’on ne se sert plus de l’accélérateur. Heureusement pour les redémarrages, on dispose d’un rappel visuel indispensable : un indicateur de vitesse enclenchée est intégré au bloc compteur.
Effectués sous l’oeil médusé des automobilistes surpris par la vigueur d’un si petit engin, les premiers passages de vitesse sont épiques. Secs et heurtés, il font bondir l’Address et bloquent la roue arrière au rétrogradage. Il faudra faire attention les jours de pluie ! Conduite virile obligatoire ? Non, il convient juste d’accompagner de la cheville le passage des vitesses et jouer ainsi de l’embrayage, surtout en descendant les rapports. Automatique ne veut pas dire totalement transparent ou prévenant, et il faut accepter un certain enthousiasme de la part de l’Address...

Une utilisation évidente... ou presque
Une fois le mode d’emploi assimilé, évoluer en ville au guidon de l’Address devient un jeu d’enfant. Souple et volontaire, son moteur compte sur une première courte pour assurer des démarrages prompts, voire bruyants. L’Address emboîte le pas aux scooters zélés, et suit le rythme des motos de petite cylindrée. Les deux rapports intermédiaires permettent de couler avec fluidité dans le trafic urbain, au son devenu sourd de l’échappement. La quatrième sert essentiellement à pousser le deux-roues à sa vitesse maximale de 110 km/h. Reprenant dès 30 km/h en solo, elle permet de vite atteindre les 90 km/h, une fois le moteur lancé. Il faudra toutefois de bonnes conditions pour accrocher le 110 km/h. A la faveur d’une bonne descente, vous pourrez même aller titiller les limites du moteur, juste avant 120 km/h compteur... L’Address n’entre assurément pas dans la catégorie des gros rouleurs. Ses reprises se révèlent convenables, et son agrément immense laisse le pilote se jouer des axes bouchés, mais sa conduite demande tout de même une bonne dose de prudence : il n’est pas adapté à la vitesse et son freinage manque de puissance. Reconnaissons que le cadre comme les suspensions ne supporteraient probablement pas plus : l’amortissement ne peut pas être réglé. Une fois de plus adapté au conducteurs de 60 kilos et moins, il faut du coup accepter la mollesse naturelle de l’Address et se méfier des rebonds, immédiatement répercutés dans la direction. Toutefois, le Suzuki contourne aisément la difficulté si vous serrez bien le guidon et écartez les coudes, un comportement peu aérodynamique, mais très efficace.

Le choix de la mobilité
Idéal pour tourner littéralement autour des obstacles, pour jouer les feuilles de papier à cigarette dans les files de voitures, l’Address s’avère être un hybride talentueux et enthousiasmant, plutôt destiné aux conducteurs citadins sans expérience moto et dotés d’un petit gabarit qu’à ceux qui recherchent une voiture à deux roues. Vis à vis de la clientèle scooter classique, l’Address aura pourtant du mal à palier l’absence d’une platine arrière pour adapter un top case ou encore à excuser le manque de place dans le coffre, son gros point faible (avec la contenance très limitée de son réservoir d’essence).
Original en France, cher à nos amis d’Orient moins exigeants, l’Address aura sans doute du mal à se faire une place. Son niveau de tarif actuel, pourtant justifié par sa qualité de fabrication et par sa robustesse (réputée), en fera réfléchir plus d’un au vu de ce que proposent les Yamaha YBR, Sym XS et Keeway Speed 125 du côté moto et les Sym VS, Yamaha Cygnus X. Son seul concurrent direct reste pour l’instant le Honda Innova. Saluons néanmoins l’initiative de Suzuki, qui propose un scooter urbain de niche original et terriblement attractif.
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