L’histoire serait donc sans fin... Lorsqu’on croit une âme ou un style de vie terrassé par le vil et l’utilitaire facile à la botte de tristes sires, le guerrier solitaire ressuscite. Remontant au créneau, le dernier rempart d’une dynastie fourbit ses armes et fonce bille en tête. En clair, après que Piaggio a validé sa disparition sous le sceau d’une norme Euro 3 assassine, la Vespa originelle (sa descendante pour être précis) ressort de terre tel un collector flambant neuf. Une histoire déjà écrite par Royal Enfield, dans le milieu moto. L’événement fera-t-il le buzz ? C’est peu crédible, puisque le fabricant indien LML avait repris le flambeau de la production avec le Star 125 Deluxe, véritable clone du Vespa et développé en parallèle sa propre version 4-temps.

L’original, c’est lui
Héritier de "l’ancestral attitude", le PX à moteur 2-temps revendique toujours ses vitesses au guidon : 4 rapports que l’on passe en se tordant le poignet gauche. Ca rappellera des souvenirs aux anciens ! En le détaillant, rien ne semble avoir changé : ni ses formes rondes, ni le cadre porteur en tôle emboutie, ni le train roulant confié à des jantes de seulement 10 pouces. On retrouve même la roue de secours accrochée sous le cache arrière gauche ; une spécificité qui renvoie aux origines de la Guêpe (Vespa en italien) conçue pour le marine militaire et les parachutistes durant la dernière guerre mondiale.
Depuis, 17 millions de ces engins ont trouvé preneurs au fil des évolutions. A l’aube du troisième millénaire, la PX avait cédé au frein avant à disque capable d’apporter plus de sécurité en même temps que de liberté. Championne de mobilité individuelle en Europe, avant la démocratisation de l’automobile, la Vespa s’était depuis équipée du graissage séparé. La PX de la seconde décennie reste fidèle à son monocylindre simplissime refroidi par air. Un pot catalytique suffit à mettre aux normes antipollution en cours sans devoir recourir à l’injection.

Inoxydable Vespa !
Adulée par les mods et kings du rock’n’roll, des Who à Johnny Halliday, la Vespa fut avant tout le symbole d’une Dolce Vita à l’italienne. C’est donc logiquement à Rome que Piaggio a posé les roues du "nouveau" PX et proposé à la presse de le monter. Nous l’avons dit, la nouvelle version toute fellinienne ne vient en rien troubler le souvenir de l’ancienne. La lecture du dossier de presse informe toutefois de la présence d’une selle redessinée, il est vrai plus épaisse et joliment surpiquée. Sur la face avant, on a également re-stylé la petite calandre.
Si la position de conduite est naturelle, il n’en va pas du fonctionnement, pour l’homme moderne s’entend. En l’absence de béquille latérale, on descend sans effort le PX de sa centrale. Contact et - bonne surprise - démarreur électrique. Sur la carrosserie, derrière les jambes, près du robinet d’essence, une tirette de starter facilite les démarrages à froid. Normalement, le moteur s’éveille en pétaradant dans une relative discrétion. Un souci de batterie ? Le long kick est toujours de la partie. Piaggio n’a donc pas rogné sur les coûts. Sur ce scooter vintage, l’automatisme n’est pas de mise. Première, on décolle. Un mouvement du poignet vers l’avant en même temps qu’une action sur l’embrayage et la seconde passe avec un klong caractéristique.

Mode d’emploi de rigueur
La poussée du moteur est franche. Trois, quatre... franche, mais pas délirante : on est loin du nirvana. Les assoiffés de puissance se contenteront des 7,6 ch. ou iront voir ailleurs ! Attention à bien enclencher les rapports, car les faux points morts dus à la transmission par câble peuvent être aussi nombreux que les vrais. Poser le pied droit sur la pédale de frein afin de ne pas tâtonner au moment d’y avoir recours est une sage précaution. Le tambour arrière est en effet indispensable pour épauler le disque avant peu mordant bien qu’équipé de durits métalliques et dont la finesse du levier endolorit l’intérieur des doigts à la longue. Un pied droit un peu lourd, c’est maintenant la roue qui bloque sur le pavé romain. Oubliez ABS et freins couplés : le freinage devient ici une question d’équilibre presque scientifique !
A fond les ballons, le PX culmine à 95 km/h. C’est plus qu’il n’en faut dans la circulation romaine et l’occasion rêvée de jeter un oeil sur l’instrumentation rassemblée en un écran rond auquel rien ne manque. Pas trop longtemps quand même, car son "inamovible" partie cycle n’offre pas au PX une tenue de route au top. Pourvu d’un train avant baladeur, le scooter se laisse déstabiliser par une bosse ou un trou toujours fermement ressenti par le pilote. La fourche et la suspension arrière uniques auraient mérité qu’on s’y intéresse avec des éléments plus modernes proposant réglages. Mais cette rusticité fait tout le charme de la Vespa, ou presque. Elle a un autre avantage : l’agilité. Bien plus léger que les scooters du marché, le PX (97 kg) est d’une maniabilité diabolique. Entre les autos engluées autour du Colisée, c’est l’empereur Néron. Les scooters à grandes roues qui foisonnent à Rome vous en parleront !

Bilan : Que reste-t-il de nos amours ?
Carrossé et propre sur lui comme un scooter moderne, le Vespa PX jugule l’agilité d’une mobylette et la saveur d’un cyclo à vitesses. Il plaira sans condition aux nostalgiques qui, à croire les forums, n’ont pas tous disparu. Respectant sans faille la tradition, il sera sans doute préféré à un LML, même affiché à un tarif légèrement supérieur. Reste que pour 3 390 €, le passionné d’anciennes pourra aussi choisir une VO parfaitement restaurée et l’utilisateur lambda très probablement un scooter offrant des prestations bien plus actuelles.
Par Philippe Chanin , photos Piaggio
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